LE PUR ET L'IMPUR

Groupe de Toulouse, rencontre du samedi 25 octobre 2008

par Régis


INTRODUCTION

À l’origine de cette réflexion, il y a une interrogation que l’on entend fréquemment chez les homosexuels chrétiens qui se trouvent tiraillés entre leur foi et leur attirance pour des personnes du même sexe : ces désirs, et mêmes ces actes sont-ils purs ? moi-même, suis-je pur d’éprouver de telles attirances et de les vivre ? Au-delà de ces questions, il y en a une autre, parfois plus grave encore : suis-je assez pur pour recevoir la communion ? ce que je ressens, ce que je vis me rend-il indigne de recevoir le Corps du Christ ?
Ces questions ne sont pas nouvelles et elles ne sont d’ailleurs pas spécifiques des personnes homosexuelles : l’actualité nous fournit un autre exemple, particulièrement parlant, celui de Sœur Emmanuelle ! Dans son testament, Les Confessions d’une religieuse , elle confie avec beaucoup d’humilité, mais aussi de réalisme, son attrait, étant adolescente, pour la masturbation qu’elle compare à l’écharde dans la chair dont Paul parle : or cet attrait était pour elle une source d’interrogation sur la possibilité ou non de recevoir la communion :
« La veille du renouvellement de ma première communion, je me laisse de nouveau aller à la masturbation. Le lendemain, en me revêtant pour la deuxième fois de blancheur, mon âme est troublée : pourrai-je vraiment recevoir Jésus dans mon cœur ? Mais quoi, tout le monde m’attend, quel scandale si je ne marche pas dans le cortège ! Je vais donc communier. Ce moment reste pour moi une humiliante leçon… Je me sentais désormais contrainte de choisir entre le plaisir solitaire et la communion, et ce fut la bataille : allais-je me maîtriser le soir, seule dans ma chambre, oui ou non ? Certains soirs ; ce fut oui et certains soirs, ce fut non. Dans ce cas, je me levais tôt, me précipitais dans une église où je savais trouver un prêtre, me confessais et communiais. Parfois, le soir, je recommençais ! Quels combats, quelle faiblesse surtout ! » (p. 28… 34).
Bien entendu, nous n’avons abordé ici la question de l’impureté que sous l’angle très réducteur de la sexualité. Mais c’est précisément la question qui se pose le plus fréquemment à la conscience. Alors, devant cette question de la pureté et de notre dignité devant Dieu, il semble important de revenir sur ce que sont la pureté et l’impureté dans la Bible et nous demander comment obtenir la pureté.



A. PARCOURS BIBLIQUE

Introduction

Le judaïsme, mais aussi l’Islam, recourent souvent aux catégories du pur et de l’impur : on retrouve notamment cette notion à propos des aliments « licites » : cacher ou hallal.
Le christianisme ne connaît pas cette catégorie, le Nouveau Testament affranchit peu à peu les hommes des règles rituelles qui pèsent sur les croyants. L’Évangile fait passer de la pureté rituelle à la pureté morale.
Pourtant l’homme est toujours porté à revenir à une pureté rituelle qui encadre son action par des lois : il est bon de se rappeler quelques textes essentiels de la Nouvelle Alliance.


1. Le pur et l’impur dans l’Ancien Testament

Une série de lois consignées essentiellement dans le Lévitique commandent au fidèle de se tenir éloigné de certains objets ou de certains actes qui sont réputés susceptibles de le souiller ; s’il s’en est approché soit par mégarde, soit volontairement, il doit se laver de cette souillure, se purifier. L’impureté n’est pas une faute morale, mais elle est un obstacle aux relations avec Dieu, à la participation au culte et à la vie de la communauté. C’est pourquoi quand on est impur, on doit se plier aux réglementations qui permettent de retrouver la pureté : lavage du corps ou des vêtements, sacrifice expiatoire, envoi au désert – le jour des Expiations – d’un bouc symboliquement chargé des impuretés du peuple.
• Sont impurs par nature certains animaux, par exemple le porc.
• Ce qui a un rapport avec la maladie, l’infirmité ou la mort est aussi l’objet de nombreuses interdictions. Les malades sont des exclus, des impurs, des pécheurs : la maladie, dans la société palestinienne, n’est pas seulement une réalité physiologique, elle est aussi parfois symptôme de l’impureté. Rendent ainsi impur la lèpre (Lv 13-14 ; Dt 24, 8s. ; 27.35 ; Lv 13-14), le contact avec les cadavres d’humains (Nb 19, 11-16 ; Lv 21, 1-4) et d’animaux (Lv 11, 21s.), mais aussi les sécrétions corporelles (Ez 4, 12s. ; Dt 23, 13s.) : épanchement séminal, règles (Lv 12 et 15).
• Par analogie, le péché est assimilé à l’impureté (Is 1, 16 ; Jb 14, 4 ; 15, 14 ; Ps 51, 7) et le pécheur devient donc un impur ; c’est le cas des adultères, des prostituées ; c’est également le cas pour les pays étrangers (Am 7, 17 ; Is 52, 11), le pays d’Israël souillé par des fautes sexuelles (Lv 18, 27s.), par le meurtre (Nb 35, 33). Approcher un pécheur, un étranger, un débauché, un meurtrier, c’est ainsi se rendre impur.

2. Le pur et l’impur dans le Nouveau Testament

Dans l’Évangile, Jésus abolit la frontière entre le pur et l’impur. Rien n’est impur en soi, seuls nos actes mauvais ou nos pensées perverses peuvent rendre impur notre cœur.
Les pharisiens n’ont d’ailleurs pas manqué de relever toutes les entorses de Jésus aux règles strictes du judaïsme :
• Dans le domaine alimentaire par exemple, Jésus abolit les tabous : « Ce n’est pas ce qui entre dans la bouche qui rend l’homme impur ; mais ce qui sort de la bouche, voilà ce qui rend l’homme impur » (Mt 15, 11 ; cf. Mc 7, 15.20). Il rend également caduques les ablutions rituelles avant un repas : « Manger sans s’être lavé les mains ne rend pas l’homme impur » (Mt 15, 20) ; il en va de même pour les lavages rituels des coupes, des cruches et des plats (Mc 7, 2-5 ; cf. Mt 23, 25-27 ; Lc 11, 37-41).
? Dans les Actes de Apôtres, Pierre a une vision qui vient compléter l’enseignement de Jésus (Ac 10, 15s.) : il comprend que désormais toute chair est bonne à manger : « Ce que le Seigneur a rendu pur, tu ne vas pas, toi, le déclarer impur. » Par la suite, il comprend également que les inconcirconcis eux-mêmes ne sont pas souillés (Ac 10, 28). C’est par la foi que Dieu purifie désormais le cœur des païens, et non par des rites (Ac 15, 9).
Paul fournit quelques règles alimentaires pratiques à observer :
- D’abord il rappelle le principe : « Rien n’est impur en soi… Le Règne de Dieu n’est pas affaire de nourriture ou de boisson ; il est justice, paix et joie dans l’Esprit Saint » (Rm 14, 14… 17).
- Toutefois, il ne faut pas scandaliser les autres par son comportement : si un frère considère une nourriture comme impure, on ne doit pas an manger devant lui pour ne pas ébranler sa foi : « Recherchons donc ce qui convient à la paix et à l'édification mutuelle. Pour une question de nourriture, ne détruis pas l’œuvre de Dieu. Tout est pur, certes, mais il est mal de manger quelque chose lorsqu’on est ainsi cause de chute » (Rm 14, 19-20).
- De même, manger des viandes sacrifiées aux idoles n’est pas impur (puisque les idoles n’ont pas d’existence), mais il faut s’en abstenir si cela risque de choquer un frère et de lui faire prendre cet acte pour une impureté (1 Co 8, 7).
• Jésus touche les impurs : il guérit un lépreux (Mt 8, 1-4 ; Mc 1, 40-44 ; Lc 5, 12-14), approche des cadavres (Mt 9, 18-19.23-25 ; Mc 5, 22-24.35-43 ; Lc 7, 11-17 ; 8, 41-42.49-56), guérit une femme atteinte d’hémorragie (Mt 9, 20-22 ; Mc 5, 25-34 ; Lc 8, 43-48).
• Jésus côtoie et guérit des hommes et des femmes atteints par toute sorte de maladies : il guérit des démoniaques (Mt 8, 16-17 ; Mc 1, 32-34 ; Lc 4, 30-41), un homme à la main paralysée (Mt 12, 9-14 ; Mc 12, 9-14 ; Lc 6, 6-11), mais aussi des aveugles, des muets, des sourds, des infirmes…
• Jésus fréquente sans cesse les hommes et femmes déclarés impurs : il mange avec les publicains et les pécheurs, c’est-à-dire des non circoncis (Mt 9, 10-11 ; 11, 19 ; Mc 2, 15-176 ; Lc 5, 29-30 ; 7, 34.36-50 ; 15, 1-2 ; 19, 1-10), alors qu’il est dit que les maisons des païens sont des lieux impurs (Jn 18, 28 ; Ac 11, 3 ; Ga 2, 12). On le voit proche des païens : il guérit ainsi le serviteur d’un centurion romain (Mt 8, 5-13 ; Lc 7, 1-10 ; cf. Jn 4, 46-54), il guérit la fille d’une Cananéenne (Mt 15, 21-28 ; Mc 7, 24-30), il discute longuement avec une Samaritaine (Jn 4, 1-42). Il approche même les femmes adultères (Jn 8, 1-11). Sur la croix enfin, il promet le paradis à un brigand.

3. Quelle est la véritable impureté ?

Dès l’Ancien Testament, les prophètes ont dénoncé les dérives possibles des purifications rituelles : ces purifications, qui sont bonnes, peuvent devenir dangereuses : on peut en effet oublier que cette purification extérieure n’est que le premier pas vers une purification intérieure. Se contenter de se purifier extérieurement ne remplace pas la purification intérieure : les prophètes dénoncent ainsi le péché des hommes, seule véritable impureté. Et seul Dieu peut véritablement nous purifier : « Je répandrai sur vous une eau pure et vous serez purifiés de toutes vos souillures » (Ez 36, 25s.). On pense encore au Psaume 50 : « Lave-moi de toutes mes fautes…, purifie-moi avec l’hysope, et je serai pur » (Ps 50, 4… 9).

Jésus à son tour dénonce l’hypocrisie des pharisiens : « Malheureux êtes-vous, scribes et pharisiens hypocrites, vous qui purifiez l’extérieur de la coupe et du plat, alors que l’intérieur est rempli des produits de la rapine et de l’intempérance. Pharisien aveugle ! purifie d’abord le dedans de la coupe, pour que le dehors aussi devienne pur » (Mt 23, 25-26).


Jésus explique alors ce qu’est pour lui le pur et l’impur : la pureté et l’impureté véritables sont intérieures :
« Puis, appelant la foule, il leur dit : « Écoutez et comprenez ! Ce n’est pas ce qui entre dans la bouche qui rend l’homme impur ; mais ce qui sort de la bouche, voilà ce qui rend l’homme impur. » Alors des disciples s’approchèrent et lui dirent : « Sais-tu qu’en entendant cette parole, les pharisiens ont été scandalisés ? » Il répondit : « Tout plant que n’a pas planté mon Père céleste sera arraché. Laissez-les : ce sont des aveugles qui guident des aveugles. Or si un aveugle guide un aveugle, tous les deux tomberont dans un trou ! Pierre intervint et lui dit : « Explique-nous cette parole énigmatique. » Jésus dit : « Êtes-vous encore, vous aussi, sans intelligence ? Ne savez-vous pas que tout ce qui pénètre dans la bouche passe dans le ventre, puis est rejeté dans la fosse ? Mais ce qui dort de la bouche provient du cœur, et c’est cela qui rend l'homme impur. Du cœur en effet proviennent intentions mauvaises, meurtres, adultères, inconduite, vols, faux témoignages, injures. C’est là ce qui rend l’homme impur ; mais manger sans s’être lavé les mains ne rend pas l’homme impur » (Mt 15, 1-20 ; cf. Mc 7, 1-23).

Aux rites de l’Ancienne Alliance incapables de purifier l’être intérieur, le Christ a substitué son unique sacrifice qui vient nous purifier définitivement : « Si le sang de boucs et de taureaux, – et la cendre d’une génisse avec laquelle on fait aspersion sur ceux qui sont souillés, – sanctifie pour la pureté de la chair, combien plus le sang du Messie, qui, par l’Esprit éternel, s’est offert lui–même à Dieu sans tache, purifiera-t-il votre conscience des œuvres mortes, pour servir le Dieu vivant ! » (Hb 9, 13-14). Ou encore : « Le Christ s’est livré pour l’Église afin de la sanctifier en la purifiant par le bain d’eau » (Ep 5, 26).


Conclusion

Avec le Nouveau Testament apparaît donc une autre vision de la pureté et de l’impureté, liée non à des règles, mais au cœur profond de l’homme. La pureté découle d’une conduite sainte, qui se conforme à Dieu lui-même. Jésus dit de ses disciples : « Celui qui a pris un bain n’a pas besoin de se laver, car il est entièrement pur ; vous aussi vous êtes purs » (Jn 13, 10). Celui donc qui est pur intérieurement ne peut être souillé par des viandes impures ou des objets impurs : « Tout est pur aux purs » (Tt 1, 15), car rien ne compte désormais devant Dieu sinon la disposition profonde de notre cœur. Nous trouvons encore cette « pureté du cœur » dans les Béatitudes : « Heureux les cœurs purs : ils verront Dieu » (Mt 5, 8).
À l’inverse, on peut commettre le péché et devenir impur, bien qu’on suivre à la lettre la Loi, car la pureté ne vient pas d’une règle, mais du plus profond du cœur : « Vous avez appris qu’il a été dit : Tu ne commettras pas d’adultère. Et moi, je vous dis : quiconque regarde une femme avec convoitise a déjà, dans son cœur, commis l’adultère avec elle » (Mt 5, 27-48).



B. LA PURIFICATION DU CŒUR

Reste désormais une question : comment rendre son cœur pur ? On peut ici s’en remettre aux très belles pages du Catéchisme de l’Église Catholique sur le neuvième commandement…
Tu ne convoiteras pas la maison de ton prochain. Tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain, ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne, rien de ce qui est à ton prochain (Ex 20, 17).
Quiconque regarde une femme avec convoitise a déjà commis dans son cœur l’adultère avec elle (Mt 5, 28).


2514 S. Jean distingue trois espèces de convoitise ou de concupiscence : la convoitise de la chair, la convoitise des yeux et l’orgueil de la vie (cf. 1 Jn 2, 16 [Vulg.]). Suivant la tradition catéchétique catholique, le neuvième commandement proscrit la concupiscence charnelle ; le dixième interdit la convoitise du bien d’autrui.
2515 Au sens étymologique, la " concupiscence " peut désigner toute forme véhémente de désir humain. La théologie chrétienne lui a donné le sens particulier du mouvement de l’appétit sensible qui contrarie l’œuvre de la raison humaine. L’Apôtre S. Paul l’identifie à la révolte que la " chair " mène contre l’ "esprit " (cf. Ga 5, 16. 17. 24 ; Ep 2, 3). Elle vient de la désobéissance du premier péché (Gn 3, 11). Elle dérègle les facultés morales de l’homme et, sans être une faute en elle-même, incline ce dernier à commettre des péchés (cf. Cc. Trente : DS 1515).
2516 Déjà dans l’homme, parce qu’il est un être composé, esprit et corps, il existe une certaine tension, il se déroule une certaine lutte de tendances entre l’ "esprit " et la " chair ". Mais cette lutte, en fait, appartient à l’héritage du péché, elle en est une conséquence et, en même temps, une confirmation. Elle fait partie de l’expérience quotidienne du combat spirituel :
Pour l’Apôtre, il ne s’agit pas de mépriser et de condamner le corps qui, avec l’âme spirituelle, constitue la nature de l’homme et sa personnalité de sujet ; il traite, par contre, des œuvres ou plutôt des dispositions stables – vertus et vices – moralement bonnes ou mauvaises, qui sont le fruit de la soumission (dans le premier cas) ou au contraire de la résistance (dans le second cas) à l’action salvatrice de l’Esprit Saint. C’est pourquoi l’Apôtre écrit : " Puisque l’Esprit est notre vie, que l’Esprit nous fasse aussi agir " (Ga 5, 25) (Jean-Paul II, DeV 55).


I. La purification du cœur
2517 Le cœur est le siège de la personnalité morale : " C’est du cœur que viennent intentions mauvaises, meurtres, adultères et inconduites " (Mt 15, 19). La lutte contre la convoitise charnelle passe par la purification du cœur et la pratique de la tempérance :
Maintiens-toi dans la simplicité, l’innocence, et tu seras comme les petits enfants qui ignorent le mal destructeur de la vie des hommes (Hermas, mand. 2, 1).
2518 La sixième béatitude proclame : " Bienheureux les cœurs purs, car ils verront Dieu " (Mt 5, 8). Les " cœurs purs " désignent ceux qui ont accordé leur intelligence et leur volonté aux exigences de la sainteté de Dieu, principalement en trois domaines : la charité (cf. 1 Tm 4, 3-9 ; 2 Tm 2, 22), la chasteté ou rectitude sexuelle (cf. 1 Th 4, 7 ; Col 3, 5 ; Ep 4, 19), l’amour de la vérité et l’orthodoxie de la foi (cf. Tt 1, 15 ; 1 Tm 1, 3-4 ; 2 Tm 2, 23-26). Il existe un lien entre la pureté du cœur, du corps et de la foi :
Les fidèles doivent croire les articles du Symbole, " afin qu’en croyant, ils obéissent à Dieu ; qu’en obéissant, ils vivent bien ; qu’en vivant bien, ils purifient leur cœur et qu’en purifiant leur cœur, ils comprennent ce qu’ils croient " (S. Augustin, fid. et symb. 10, 25 : PL 40, 196).
2519 Aux " cœurs purs " est promis de voir Dieu face-à-face et de Lui être semblables (cf. 1 Co 13, 12 ; 1 Jn 3, 2). La pureté du cœur est le préalable à la vision. Dès aujourd’hui, elle nous donne de voir selon Dieu, de recevoir autrui comme un " prochain " ; elle nous permet de percevoir le corps humain, le nôtre et celui du prochain, comme un temple de l’Esprit Saint, une manifestation de la beauté divine.


II. Le combat pour la pureté
2520 Le Baptême confère à celui qui le reçoit la grâce de la purification de tous les péchés. Mais le baptisé doit continuer à lutter contre la concupiscence de la chair et les convoitises désordonnées. Avec la grâce de Dieu, il y parvient
– par la vertu et le don de chasteté, car la chasteté permet d’aimer d’un cœur droit et sans partage.
– par la pureté d’intention qui consiste à viser la fin véritable de l’homme : D’un œil simple, le baptisé cherche à trouver et à accomplir en toute chose la volonté de Dieu (cf. Rm 12, 2 ; Col 1, 10).
– par la pureté du regard, extérieur et intérieur ; par la discipline des sentiments et de l’imagination ; par le refus de toute complaisance dans les pensées impures qui inclinent à se détourner de la voie des commandements divins : " La vue éveille la passion chez les insensés " (Sg 15, 5).
– par la prière :
Je croyais que la continence relevait de mes propres forces, ... forces que je ne me connaissais pas. Et j’étais assez sot pour ne pas savoir que personne ne peut être continent, si tu ne le lui donnes. Et certes, tu l’aurais donné, si de mon gémissement intérieur, j’avais frappé à tes oreilles et si d’une foi solide, j’avais jeté en toi mon souci (S. Augustin, conf. 6, 11, 20).
2521 La pureté demande la pudeur. Celle-ci est une partie intégrante de la tempérance. La pudeur préserve l’intimité de la personne. Elle désigne le refus de dévoiler ce qui doit rester caché. Elle est ordonnée à la chasteté dont elle atteste la délicatesse. Elle guide les regards et les gestes conformes à la dignité des personnes et de leur union.
2522 La pudeur protège le mystère des personnes et de leur amour. Elle invite à la patience et à la modération dans la relation amoureuse ; elle demande que soient remplies les conditions du don et de l’engagement définitif de l’homme et de la femme entre eux. La pudeur est modestie. Elle inspire le choix du vêtement. Elle maintient le silence ou le réserve là où transparaît le risque d’une curiosité malsaine. Elle se fait discrétion.
2523 Il existe une pudeur des sentiments aussi bien que du corps. Elle proteste, par exemple, contre les explorations " voyeuristes " du corps humain dans certaines publicités, ou contre la sollicitation de certains médias à aller trop loin dans la révélation de confidences intimes. La pudeur inspire une manière de vivre qui permet de résister aux sollicitations de la mode et à la pression des idéologies dominantes.
2524 Les formes revêtues par la pudeur varient d’une culture à l’autre. Partout, cependant, elle reste le pressentiment d’une dignité spirituelle propre à l’homme. Elle naît par l’éveil de la conscience du sujet. Enseigner la pudeur à des enfants et des adolescents c’est éveiller au respect de la personne humaine.
2525 La pureté chrétienne demande une purification du climat social. Elle exige des moyens de communication sociale une information soucieuse de respect et de retenue. La pureté du cœur libère de l’érotisme diffus et écarte des spectacles qui favorisent le voyeurisme et l’illusion.
2526 Ce qui est appelé la permissivité des mœurs repose sur une conception erronée de la liberté humaine ; pour s’édifier, cette dernière a besoin de se laisser éduquer au préalable par la loi morale. Il convient de demander aux responsables de l’éducation de dispenser à la jeunesse un enseignement respectueux de la vérité, des qualités du cœur et de la dignité morale et spirituelle de l’homme.
2527 " La Bonne Nouvelle du Christ rénove constamment la vie et la culture de l’homme déchu : elle combat et écarte les erreurs et les maux qui proviennent de la séduction permanente du péché. Elle ne cesse de purifier et d’élever la moralité des peuples. Par les richesses d’en haut, elle féconde comme de l’intérieur les qualités spirituelles et les dons propres à chaque peuple et à chaque âge. Elle les fortifie, les parfait et les restaure dans le Christ " (GS 58, § 4).


EN BREF
252 8 " Quiconque regarde une femme avec convoitise a déjà commis dans son cœur l’adultère avec elle " (Mt 5, 28).
2529 Le neuvième commandement met en garde contre la convoitise ou concupiscence charnelle.
2530 La lutte contre la convoitise charnelle passe par la purification du cœur et la pratique de la tempérance.
2531 La pureté du cœur nous donnera de voir Dieu : elle nous donne dès maintenant de voir toute chose selon Dieu.
2532 La purification du cœur exige la prière, la pratique de la chasteté, la pureté de l’intention et du regard.
2533 La pureté du cœur demande la pudeur qui est patience, modestie et discrétion. La pudeur préserve l’intimité de la personne.

CONCLUSION

Le point de départ de notre réflexion était la question de savoir s’il m’est permis ou non de communier alors que j’ai des désirs ou des actes que l’on qualifie parfois d’« impurs ». La conclusion ne tranchera certainement pas en faveur d’une réponse ou de l’autre. Mais notre parcours aura au moins apporté quelques pistes de réflexion :
- il faut distinguer les vraies réponses des fausses réponses : l’Évangile nous enseigne une Loi de liberté, il est libération de l’homme : par Jésus, nous passons d’une Loi qui nous emprisonne à une Loi du cœur qui nous rend libre : « Tout est pur pour les purs ». Nous passons d’une loi extérieure à une loi intérieure.
- Il faut distinguer les actes : ce n’est pas pareil de coucher avec des inconnus et de coucher avec son ami dans une relation fidèle et aimante.
- La pureté est un sentiment intérieur, lié à ma relation avec Dieu : seule ma conscience éclairée peut me donner la vraie réponse, et personne ne peut me dicter une réponse qui irait à l’encontre de ma conscience.
- Il ne faut pas scandaliser les faibles : on peut changer d’avis et considérer à un moment de notre vie quelque chose comme impur, puis ne plus le trouver impur ; ce qui importe, c’est de respecter ce que l’autre pense afin de ne pas choquer sa foi en lui imposant une vision des choses qui le blesserait.
- Ce que le Christ considère, c’est notre humilité, au contraire il condamne l’orgueil : que l’on pense ici à la parabole du pharisien et du publicain (Lc 18, 10-14) :
« Deux hommes montèrent au temple pour prier ; l’un était pharisien, et l'autre publicain. Le pharisien, debout, priait ainsi en lui-même : « Ô Dieu, je te rends grâces de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes, qui sont ravisseurs, injustes, adultères, ou même comme ce publicain ; je jeûne deux fois la semaine, je donne la dîme de tous mes revenus. » Le publicain, se tenant à distance, n’osait même pas lever les yeux au ciel ; mais il se frappait la poitrine, en disant : « Ô Dieu, sois apaisé envers moi, qui suis un pécheur. » Je vous le dis, celui-ci descendit dans sa maison justifié, plutôt que l’autre. Car quiconque s’élève sera abaissé, et celui qui s’abaisse sera élevé. »
Dans cette humilité, il faut aussi accepter la gradualité : on peut grandir en pureté ; il ne faut jamais être irréaliste et vouloir atteindre la pureté d’un coup, car, comme le rappelle Pascal, « qui veut faire l’ange fait la bête ».
- Il existe des moyens pour avancer, pour progresser. Un de ces moyens, c’est précisément la fréquentation des sacrements : confession et communion. La communion est un sacrement de croissance.

Enfin, pour finir également avec Sœur Emmanuelle, gardons en mémoire cette phrase : « Je reste… persuadée que ce qu’on nomme « les péchés de la chair » sont les moins graves aux yeux de Dieu. Que de fois j’ai médité dans mon cœur cette parole libératrice du Christ à la femme adultère : « Je ne te condamne pas, va et ne pèche plus » (Jn 8, 11). Combien ces mots ont souvent rafraîchi mon âme ! » (p. 26).

_________ Note sur la liberté de conscience

2) Cf. Gaudium et Spes 16-17 : « Au fond de sa conscience, l’homme découvre la présence d’une loi qu'il ne s’est pas donnée lui-même, mais à laquelle il est tenu d’obéir. Cette voix, qui ne cesse de le presser d’aimer et d’accomplir le bien et d’éviter le mal, au moment opportun résonne dans l'intimité de son cœur : « Fais ceci, évite cela. » Car c’est une loi inscrite par Dieu au cœur de l’homme ; sa dignité est de lui obéir, et c’est elle qui jugera. La conscience est le centre le plus secret de l’homme, le sanctuaire où il est seul avec Dieu et où sa voix se fait entendre. C’est d’une manière admirable que se découvre à la conscience cette loi qui s’accomplit dans l’amour de Dieu et du prochain... L’homme parvient à cette dignité lorsque, se délivrant de toute servitude des passions, par le choix libre du bien, il marche vers sa destinée et prend soin de s’en procurer réellement les moyens par son ingéniosité. »