LE PUR
ET L'IMPUR
Groupe de Toulouse, rencontre du samedi 25 octobre 2008
par Régis
INTRODUCTION
À l’origine
de cette réflexion, il y a une interrogation que l’on entend fréquemment
chez les homosexuels chrétiens qui se trouvent tiraillés entre
leur foi et leur attirance pour des personnes du même sexe :
ces désirs, et mêmes ces actes sont-ils purs ? moi-même,
suis-je pur d’éprouver de telles attirances
et de les vivre ? Au-delà de ces questions, il y en a une autre,
parfois plus grave encore : suis-je assez pur pour recevoir
la communion ? ce que je ressens, ce que je vis me rend-il indigne de
recevoir le Corps du Christ ?
Ces questions ne sont pas nouvelles et elles ne sont d’ailleurs pas spécifiques
des personnes homosexuelles : l’actualité nous fournit un autre
exemple, particulièrement parlant, celui de Sœur Emmanuelle ! Dans
son testament, Les Confessions d’une religieuse , elle confie avec beaucoup
d’humilité, mais aussi de réalisme, son attrait, étant
adolescente, pour la masturbation qu’elle compare à l’écharde
dans la chair dont Paul parle : or cet attrait était pour elle une source
d’interrogation sur la possibilité ou non de recevoir la communion
:
« La veille du renouvellement de ma première communion, je me laisse
de nouveau aller à la masturbation. Le lendemain, en me revêtant
pour la deuxième fois de blancheur, mon âme est troublée
: pourrai-je vraiment recevoir Jésus dans mon cœur ? Mais quoi,
tout le monde m’attend, quel scandale si je ne marche pas dans le cortège
! Je vais donc communier. Ce moment reste pour moi une humiliante leçon…
Je me sentais désormais contrainte de choisir entre le plaisir solitaire
et la communion, et ce fut la bataille : allais-je me maîtriser le soir,
seule dans ma chambre, oui ou non ? Certains soirs ; ce fut oui et certains
soirs, ce fut non. Dans ce cas, je me levais tôt, me précipitais
dans une église où je savais trouver un prêtre, me confessais
et communiais. Parfois, le soir, je recommençais ! Quels combats, quelle
faiblesse surtout ! » (p. 28… 34).
Bien entendu, nous n’avons abordé ici la question de l’impureté
que sous l’angle très réducteur de la sexualité.
Mais c’est précisément la question qui se pose le plus fréquemment
à la conscience. Alors, devant cette question de la pureté et
de notre dignité devant Dieu, il semble important de revenir sur ce que
sont la pureté et l’impureté dans la Bible et nous demander
comment obtenir la pureté.
A. PARCOURS BIBLIQUE
Introduction
Le judaïsme, mais aussi l’Islam,
recourent souvent aux catégories du pur et de l’impur : on retrouve
notamment cette notion à propos des aliments « licites »
: cacher ou hallal.
Le christianisme ne connaît pas cette catégorie, le Nouveau Testament
affranchit peu à peu les hommes des règles rituelles qui pèsent
sur les croyants. L’Évangile fait passer de la pureté rituelle
à la pureté morale.
Pourtant l’homme est toujours porté à revenir à une
pureté rituelle qui encadre son action par des lois : il est bon de se
rappeler quelques textes essentiels de la Nouvelle Alliance.
1. Le pur et l’impur dans l’Ancien
Testament
Une série de lois consignées
essentiellement dans le Lévitique commandent au fidèle de se tenir
éloigné de certains objets ou de certains actes qui sont réputés
susceptibles de le souiller ; s’il s’en est approché soit
par mégarde, soit volontairement, il doit se laver de cette souillure,
se purifier. L’impureté n’est pas une faute morale, mais
elle est un obstacle aux relations avec Dieu, à la participation au culte
et à la vie de la communauté. C’est pourquoi quand on est
impur, on doit se plier aux réglementations qui permettent de retrouver
la pureté : lavage du corps ou des vêtements, sacrifice expiatoire,
envoi au désert – le jour des Expiations – d’un bouc
symboliquement chargé des impuretés du peuple.
• Sont impurs par nature certains animaux, par exemple le porc.
• Ce qui a un rapport avec la maladie, l’infirmité ou la
mort est aussi l’objet de nombreuses interdictions. Les malades sont des
exclus, des impurs, des pécheurs : la maladie, dans la société
palestinienne, n’est pas seulement une réalité physiologique,
elle est aussi parfois symptôme de l’impureté. Rendent ainsi
impur la lèpre (Lv 13-14 ; Dt 24, 8s. ; 27.35 ; Lv 13-14), le contact
avec les cadavres d’humains (Nb 19, 11-16 ; Lv 21, 1-4) et d’animaux
(Lv 11, 21s.), mais aussi les sécrétions corporelles (Ez 4, 12s.
; Dt 23, 13s.) : épanchement séminal, règles (Lv 12 et
15).
• Par analogie, le péché est assimilé à l’impureté
(Is 1, 16 ; Jb 14, 4 ; 15, 14 ; Ps 51, 7) et le pécheur devient donc
un impur ; c’est le cas des adultères, des prostituées ;
c’est également le cas pour les pays étrangers (Am 7, 17
; Is 52, 11), le pays d’Israël souillé par des fautes sexuelles
(Lv 18, 27s.), par le meurtre (Nb 35, 33). Approcher un pécheur, un étranger,
un débauché, un meurtrier, c’est ainsi se rendre impur.
2. Le pur et l’impur dans le Nouveau Testament
Dans l’Évangile, Jésus
abolit la frontière entre le pur et l’impur. Rien n’est impur
en soi, seuls nos actes mauvais ou nos pensées perverses peuvent rendre
impur notre cœur.
Les pharisiens n’ont d’ailleurs pas manqué de relever toutes
les entorses de Jésus aux règles strictes du judaïsme :
• Dans le domaine alimentaire par exemple, Jésus abolit les tabous
: « Ce n’est pas ce qui entre dans la bouche qui rend l’homme
impur ; mais ce qui sort de la bouche, voilà ce qui rend l’homme
impur » (Mt 15, 11 ; cf. Mc 7, 15.20). Il rend également caduques
les ablutions rituelles avant un repas : « Manger sans s’être
lavé les mains ne rend pas l’homme impur » (Mt 15, 20) ;
il en va de même pour les lavages rituels des coupes, des cruches et des
plats (Mc 7, 2-5 ; cf. Mt 23, 25-27 ; Lc 11, 37-41).
? Dans les Actes de Apôtres, Pierre a une vision qui vient compléter
l’enseignement de Jésus (Ac 10, 15s.) : il comprend que désormais
toute chair est bonne à manger : « Ce que le Seigneur a rendu pur,
tu ne vas pas, toi, le déclarer impur. » Par la suite, il comprend
également que les inconcirconcis eux-mêmes ne sont pas souillés
(Ac 10, 28). C’est par la foi que Dieu purifie désormais le cœur
des païens, et non par des rites (Ac 15, 9).
Paul fournit quelques règles alimentaires pratiques à observer
:
- D’abord il rappelle le principe : « Rien n’est impur en
soi… Le Règne de Dieu n’est pas affaire de nourriture ou
de boisson ; il est justice, paix et joie dans l’Esprit Saint »
(Rm 14, 14… 17).
- Toutefois, il ne faut pas scandaliser les autres par son comportement : si
un frère considère une nourriture comme impure, on ne doit pas
an manger devant lui pour ne pas ébranler sa foi : « Recherchons
donc ce qui convient à la paix et à l'édification mutuelle.
Pour une question de nourriture, ne détruis pas l’œuvre de
Dieu. Tout est pur, certes, mais il est mal de manger quelque chose lorsqu’on
est ainsi cause de chute » (Rm 14, 19-20).
- De même, manger des viandes sacrifiées aux idoles n’est
pas impur (puisque les idoles n’ont pas d’existence), mais il faut
s’en abstenir si cela risque de choquer un frère et de lui faire
prendre cet acte pour une impureté (1 Co 8, 7).
• Jésus touche les impurs : il guérit un lépreux
(Mt 8, 1-4 ; Mc 1, 40-44 ; Lc 5, 12-14), approche des cadavres (Mt 9, 18-19.23-25
; Mc 5, 22-24.35-43 ; Lc 7, 11-17 ; 8, 41-42.49-56), guérit une femme
atteinte d’hémorragie (Mt 9, 20-22 ; Mc 5, 25-34 ; Lc 8, 43-48).
• Jésus côtoie et guérit des hommes et des femmes
atteints par toute sorte de maladies : il guérit des démoniaques
(Mt 8, 16-17 ; Mc 1, 32-34 ; Lc 4, 30-41), un homme à la main paralysée
(Mt 12, 9-14 ; Mc 12, 9-14 ; Lc 6, 6-11), mais aussi des aveugles, des muets,
des sourds, des infirmes…
• Jésus fréquente sans cesse les hommes et femmes déclarés
impurs : il mange avec les publicains et les pécheurs, c’est-à-dire
des non circoncis (Mt 9, 10-11 ; 11, 19 ; Mc 2, 15-176 ; Lc 5, 29-30 ; 7, 34.36-50
; 15, 1-2 ; 19, 1-10), alors qu’il est dit que les maisons des païens
sont des lieux impurs (Jn 18, 28 ; Ac 11, 3 ; Ga 2, 12). On le voit proche des
païens : il guérit ainsi le serviteur d’un centurion romain
(Mt 8, 5-13 ; Lc 7, 1-10 ; cf. Jn 4, 46-54), il guérit la fille d’une
Cananéenne (Mt 15, 21-28 ; Mc 7, 24-30), il discute longuement avec une
Samaritaine (Jn 4, 1-42). Il approche même les femmes adultères
(Jn 8, 1-11). Sur la croix enfin, il promet le paradis à un brigand.
3. Quelle est la véritable impureté ?
Dès l’Ancien Testament, les prophètes ont dénoncé les dérives possibles des purifications rituelles : ces purifications, qui sont bonnes, peuvent devenir dangereuses : on peut en effet oublier que cette purification extérieure n’est que le premier pas vers une purification intérieure. Se contenter de se purifier extérieurement ne remplace pas la purification intérieure : les prophètes dénoncent ainsi le péché des hommes, seule véritable impureté. Et seul Dieu peut véritablement nous purifier : « Je répandrai sur vous une eau pure et vous serez purifiés de toutes vos souillures » (Ez 36, 25s.). On pense encore au Psaume 50 : « Lave-moi de toutes mes fautes…, purifie-moi avec l’hysope, et je serai pur » (Ps 50, 4… 9).
Jésus à son tour dénonce l’hypocrisie des pharisiens : « Malheureux êtes-vous, scribes et pharisiens hypocrites, vous qui purifiez l’extérieur de la coupe et du plat, alors que l’intérieur est rempli des produits de la rapine et de l’intempérance. Pharisien aveugle ! purifie d’abord le dedans de la coupe, pour que le dehors aussi devienne pur » (Mt 23, 25-26).
Jésus explique alors ce qu’est pour lui le pur et l’impur
: la pureté et l’impureté véritables sont intérieures
:
« Puis, appelant la foule, il leur dit : « Écoutez et comprenez
! Ce n’est pas ce qui entre dans la bouche qui rend l’homme impur
; mais ce qui sort de la bouche, voilà ce qui rend l’homme impur.
» Alors des disciples s’approchèrent et lui dirent : «
Sais-tu qu’en entendant cette parole, les pharisiens ont été
scandalisés ? » Il répondit : « Tout plant que n’a
pas planté mon Père céleste sera arraché. Laissez-les
: ce sont des aveugles qui guident des aveugles. Or si un aveugle guide un aveugle,
tous les deux tomberont dans un trou ! Pierre intervint et lui dit : «
Explique-nous cette parole énigmatique. » Jésus dit : «
Êtes-vous encore, vous aussi, sans intelligence ? Ne savez-vous pas que
tout ce qui pénètre dans la bouche passe dans le ventre, puis
est rejeté dans la fosse ? Mais ce qui dort de la bouche provient du
cœur, et c’est cela qui rend l'homme impur. Du cœur en effet
proviennent intentions mauvaises, meurtres, adultères, inconduite, vols,
faux témoignages, injures. C’est là ce qui rend l’homme
impur ; mais manger sans s’être lavé les mains ne rend pas
l’homme impur » (Mt 15, 1-20 ; cf. Mc 7, 1-23).
Aux rites de l’Ancienne Alliance incapables de purifier l’être intérieur, le Christ a substitué son unique sacrifice qui vient nous purifier définitivement : « Si le sang de boucs et de taureaux, – et la cendre d’une génisse avec laquelle on fait aspersion sur ceux qui sont souillés, – sanctifie pour la pureté de la chair, combien plus le sang du Messie, qui, par l’Esprit éternel, s’est offert lui–même à Dieu sans tache, purifiera-t-il votre conscience des œuvres mortes, pour servir le Dieu vivant ! » (Hb 9, 13-14). Ou encore : « Le Christ s’est livré pour l’Église afin de la sanctifier en la purifiant par le bain d’eau » (Ep 5, 26).
Conclusion
Avec
le Nouveau Testament apparaît donc une autre vision de la pureté
et de l’impureté, liée non à des règles, mais
au cœur profond de l’homme. La pureté découle d’une
conduite sainte, qui se conforme à Dieu lui-même. Jésus
dit de ses disciples : « Celui qui a pris un bain n’a pas besoin
de se laver, car il est entièrement pur ; vous aussi vous êtes
purs » (Jn 13, 10). Celui donc qui est pur intérieurement ne peut
être souillé par des viandes impures ou des objets impurs : «
Tout est pur aux purs » (Tt 1, 15), car rien ne
compte désormais devant Dieu sinon la disposition profonde de notre cœur.
Nous trouvons encore cette « pureté du cœur » dans les
Béatitudes : « Heureux les cœurs purs : ils verront Dieu »
(Mt 5, 8).
À l’inverse, on peut commettre le péché
et devenir impur, bien qu’on suivre à la lettre la Loi, car la
pureté ne vient pas d’une règle, mais du plus profond du
cœur : « Vous avez appris qu’il a été
dit : Tu ne commettras pas d’adultère. Et moi, je vous dis : quiconque
regarde une femme avec convoitise a déjà, dans son cœur,
commis l’adultère avec elle » (Mt 5, 27-48).
B. LA PURIFICATION DU CŒUR
Reste désormais une
question : comment rendre son cœur pur ? On
peut ici s’en remettre aux très belles pages du Catéchisme
de l’Église Catholique sur le neuvième commandement…
Tu ne convoiteras pas la maison de ton prochain. Tu ne convoiteras pas la femme
de ton prochain, ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni son
âne, rien de ce qui est à ton prochain (Ex 20, 17).
Quiconque regarde une femme avec convoitise a déjà commis dans
son cœur l’adultère avec elle (Mt 5, 28).
2514 S. Jean distingue trois espèces de convoitise ou
de concupiscence : la convoitise de la chair, la convoitise des yeux et l’orgueil
de la vie (cf. 1 Jn 2, 16 [Vulg.]). Suivant la tradition catéchétique
catholique, le neuvième commandement proscrit la concupiscence charnelle
; le dixième interdit la convoitise du bien d’autrui.
2515 Au sens étymologique, la " concupiscence "
peut désigner toute forme véhémente de désir humain.
La théologie chrétienne lui a donné le sens particulier
du mouvement de l’appétit sensible qui contrarie l’œuvre
de la raison humaine. L’Apôtre S. Paul l’identifie à
la révolte que la " chair " mène contre l’ "esprit
" (cf. Ga 5, 16. 17. 24 ; Ep 2, 3). Elle vient de la désobéissance
du premier péché (Gn 3, 11). Elle dérègle les facultés
morales de l’homme et, sans être une faute en elle-même, incline
ce dernier à commettre des péchés (cf. Cc. Trente : DS
1515).
2516 Déjà dans l’homme, parce qu’il
est un être composé, esprit et corps, il existe une certaine tension,
il se déroule une certaine lutte de tendances entre l’ "esprit
" et la " chair ". Mais cette lutte, en fait, appartient à
l’héritage du péché, elle en est une conséquence
et, en même temps, une confirmation. Elle fait partie de l’expérience
quotidienne du combat spirituel :
Pour l’Apôtre, il ne s’agit pas de mépriser et de condamner
le corps qui, avec l’âme spirituelle, constitue la nature de l’homme
et sa personnalité de sujet ; il traite, par contre, des œuvres
ou plutôt des dispositions stables – vertus et vices – moralement
bonnes ou mauvaises, qui sont le fruit de la soumission (dans le premier cas)
ou au contraire de la résistance (dans le second cas) à l’action
salvatrice de l’Esprit Saint. C’est pourquoi l’Apôtre
écrit : " Puisque l’Esprit est notre vie, que l’Esprit
nous fasse aussi agir " (Ga 5, 25) (Jean-Paul II, DeV 55).
I. La purification du cœur
2517 Le cœur est le siège de la personnalité
morale : " C’est du cœur que viennent intentions mauvaises,
meurtres, adultères et inconduites " (Mt 15, 19). La lutte contre
la convoitise charnelle passe par la purification du cœur et la pratique
de la tempérance :
Maintiens-toi dans la simplicité, l’innocence, et tu seras comme
les petits enfants qui ignorent le mal destructeur de la vie des hommes (Hermas,
mand. 2, 1).
2518 La sixième béatitude proclame : " Bienheureux
les cœurs purs, car ils verront Dieu " (Mt 5, 8). Les " cœurs
purs " désignent ceux qui ont accordé leur intelligence et
leur volonté aux exigences de la sainteté de Dieu, principalement
en trois domaines : la charité (cf. 1 Tm 4, 3-9 ; 2 Tm 2, 22), la chasteté
ou rectitude sexuelle (cf. 1 Th 4, 7 ; Col 3, 5 ; Ep 4, 19), l’amour de
la vérité et l’orthodoxie de la foi (cf. Tt 1, 15 ; 1 Tm
1, 3-4 ; 2 Tm 2, 23-26). Il existe un lien entre la pureté du cœur,
du corps et de la foi :
Les fidèles doivent croire les articles du Symbole, " afin qu’en
croyant, ils obéissent à Dieu ; qu’en obéissant,
ils vivent bien ; qu’en vivant bien, ils purifient leur cœur et qu’en
purifiant leur cœur, ils comprennent ce qu’ils croient " (S.
Augustin, fid. et symb. 10, 25 : PL 40, 196).
2519 Aux " cœurs purs " est promis de voir Dieu
face-à-face et de Lui être semblables (cf. 1 Co 13, 12 ; 1 Jn 3,
2). La pureté du cœur est le préalable à la vision.
Dès aujourd’hui, elle nous donne de voir selon Dieu, de recevoir
autrui comme un " prochain " ; elle nous permet de percevoir le corps
humain, le nôtre et celui du prochain, comme un temple de l’Esprit
Saint, une manifestation de la beauté divine.
II. Le combat pour la pureté
2520 Le Baptême confère à celui qui le
reçoit la grâce de la purification de tous les péchés.
Mais le baptisé doit continuer à lutter contre la concupiscence
de la chair et les convoitises désordonnées. Avec la grâce
de Dieu, il y parvient
– par la vertu et le don de chasteté, car la chasteté permet
d’aimer d’un cœur droit et sans partage.
– par la pureté d’intention qui consiste à viser la
fin véritable de l’homme : D’un œil simple, le baptisé
cherche à trouver et à accomplir en toute chose la volonté
de Dieu (cf. Rm 12, 2 ; Col 1, 10).
– par la pureté du regard, extérieur et intérieur
; par la discipline des sentiments et de l’imagination ; par le refus
de toute complaisance dans les pensées impures qui inclinent à
se détourner de la voie des commandements divins : " La vue éveille
la passion chez les insensés " (Sg 15, 5).
– par la prière :
Je croyais que la continence relevait de mes propres forces, ... forces que
je ne me connaissais pas. Et j’étais assez sot pour ne pas savoir
que personne ne peut être continent, si tu ne le lui donnes. Et certes,
tu l’aurais donné, si de mon gémissement intérieur,
j’avais frappé à tes oreilles et si d’une foi solide,
j’avais jeté en toi mon souci (S. Augustin, conf. 6, 11, 20).
2521 La pureté demande la pudeur. Celle-ci est une partie
intégrante de la tempérance. La pudeur préserve l’intimité
de la personne. Elle désigne le refus de dévoiler ce qui doit
rester caché. Elle est ordonnée à la chasteté dont
elle atteste la délicatesse. Elle guide les regards et les gestes conformes
à la dignité des personnes et de leur union.
2522 La pudeur protège le mystère des personnes
et de leur amour. Elle invite à la patience et à la modération
dans la relation amoureuse ; elle demande que soient remplies les conditions
du don et de l’engagement définitif de l’homme et de la femme
entre eux. La pudeur est modestie. Elle inspire le choix du vêtement.
Elle maintient le silence ou le réserve là où transparaît
le risque d’une curiosité malsaine. Elle se fait discrétion.
2523 Il existe une pudeur des sentiments aussi bien que du
corps. Elle proteste, par exemple, contre les explorations " voyeuristes
" du corps humain dans certaines publicités, ou contre la sollicitation
de certains médias à aller trop loin dans la révélation
de confidences intimes. La pudeur inspire une manière de vivre qui permet
de résister aux sollicitations de la mode et à la pression des
idéologies dominantes.
2524 Les formes revêtues par la pudeur varient d’une
culture à l’autre. Partout, cependant, elle reste le pressentiment
d’une dignité spirituelle propre à l’homme. Elle naît
par l’éveil de la conscience du sujet. Enseigner la pudeur à
des enfants et des adolescents c’est éveiller au respect de la
personne humaine.
2525 La pureté chrétienne demande une purification
du climat social. Elle exige des moyens de communication sociale une information
soucieuse de respect et de retenue. La pureté du cœur libère
de l’érotisme diffus et écarte des spectacles qui favorisent
le voyeurisme et l’illusion.
2526 Ce qui est appelé la permissivité des mœurs
repose sur une conception erronée de la liberté humaine ; pour
s’édifier, cette dernière a besoin de se laisser éduquer
au préalable par la loi morale. Il convient de demander aux responsables
de l’éducation de dispenser à la jeunesse un enseignement
respectueux de la vérité, des qualités du cœur et
de la dignité morale et spirituelle de l’homme.
2527 " La Bonne Nouvelle du Christ rénove constamment
la vie et la culture de l’homme déchu : elle combat et écarte
les erreurs et les maux qui proviennent de la séduction permanente du
péché. Elle ne cesse de purifier et d’élever la moralité
des peuples. Par les richesses d’en haut, elle féconde comme de
l’intérieur les qualités spirituelles et les dons propres
à chaque peuple et à chaque âge. Elle les fortifie, les
parfait et les restaure dans le Christ " (GS 58, § 4).
EN BREF
252 8 " Quiconque regarde une femme avec convoitise a
déjà commis dans son cœur l’adultère avec elle
" (Mt 5, 28).
2529 Le neuvième commandement met en garde contre la
convoitise ou concupiscence charnelle.
2530 La lutte contre la convoitise charnelle passe par la purification
du cœur et la pratique de la tempérance.
2531 La pureté du cœur nous donnera de voir Dieu
: elle nous donne dès maintenant de voir toute chose selon Dieu.
2532 La purification du cœur exige la prière, la
pratique de la chasteté, la pureté de l’intention et du
regard.
2533 La pureté du cœur demande la pudeur qui est
patience, modestie et discrétion. La pudeur préserve l’intimité
de la personne.
CONCLUSION
Le point de départ de notre
réflexion était la question de savoir s’il m’est permis
ou non de communier alors que j’ai des désirs ou des actes que
l’on qualifie parfois d’« impurs ». La conclusion ne
tranchera certainement pas en faveur d’une réponse ou de l’autre.
Mais notre parcours aura au moins apporté quelques pistes de réflexion
:
- il faut distinguer les vraies réponses des fausses
réponses : l’Évangile nous enseigne une Loi de liberté,
il est libération de l’homme : par Jésus, nous passons d’une
Loi qui nous emprisonne à une Loi du cœur qui nous rend libre :
« Tout est pur pour les purs ». Nous passons d’une loi extérieure
à une loi intérieure.
- Il faut distinguer les actes : ce n’est
pas pareil de coucher avec des inconnus et de coucher avec son ami dans une
relation fidèle et aimante.
- La pureté est un sentiment intérieur,
lié à ma relation avec Dieu : seule ma conscience éclairée
peut me donner la vraie réponse, et personne ne peut me dicter
une réponse qui irait à l’encontre de ma conscience.
- Il ne faut pas scandaliser les faibles : on peut
changer d’avis et considérer à un moment de notre vie quelque
chose comme impur, puis ne plus le trouver impur ; ce qui importe, c’est
de respecter ce que l’autre pense afin de ne pas choquer sa foi en lui
imposant une vision des choses qui le blesserait.
- Ce que le Christ considère, c’est notre
humilité, au contraire il condamne l’orgueil : que l’on
pense ici à la parabole du pharisien et du publicain (Lc 18, 10-14) :
« Deux hommes montèrent au temple pour prier ; l’un était
pharisien, et l'autre publicain. Le pharisien, debout, priait ainsi en lui-même
: « Ô Dieu, je te rends grâces de ce que je ne suis pas comme
le reste des hommes, qui sont ravisseurs, injustes, adultères, ou même
comme ce publicain ; je jeûne deux fois la semaine, je donne la dîme
de tous mes revenus. » Le publicain, se tenant à distance, n’osait
même pas lever les yeux au ciel ; mais il se frappait la poitrine, en
disant : « Ô Dieu, sois apaisé envers moi, qui suis un pécheur.
» Je vous le dis, celui-ci descendit dans sa maison justifié, plutôt
que l’autre. Car quiconque s’élève sera abaissé,
et celui qui s’abaisse sera élevé. »
Dans cette humilité, il faut aussi accepter la
gradualité : on peut grandir en pureté ; il ne faut jamais être
irréaliste et vouloir atteindre la pureté d’un coup,
car, comme le rappelle Pascal, « qui veut faire l’ange fait la bête
».
- Il existe des moyens pour avancer, pour progresser.
Un de ces moyens, c’est précisément la fréquentation
des sacrements : confession et communion. La communion
est un sacrement de croissance.
Enfin, pour finir également avec Sœur Emmanuelle, gardons en mémoire cette phrase : « Je reste… persuadée que ce qu’on nomme « les péchés de la chair » sont les moins graves aux yeux de Dieu. Que de fois j’ai médité dans mon cœur cette parole libératrice du Christ à la femme adultère : « Je ne te condamne pas, va et ne pèche plus » (Jn 8, 11). Combien ces mots ont souvent rafraîchi mon âme ! » (p. 26).
_________ Note sur la liberté de conscience
2) Cf. Gaudium et Spes 16-17 : « Au fond de sa conscience, l’homme découvre la présence d’une loi qu'il ne s’est pas donnée lui-même, mais à laquelle il est tenu d’obéir. Cette voix, qui ne cesse de le presser d’aimer et d’accomplir le bien et d’éviter le mal, au moment opportun résonne dans l'intimité de son cœur : « Fais ceci, évite cela. » Car c’est une loi inscrite par Dieu au cœur de l’homme ; sa dignité est de lui obéir, et c’est elle qui jugera. La conscience est le centre le plus secret de l’homme, le sanctuaire où il est seul avec Dieu et où sa voix se fait entendre. C’est d’une manière admirable que se découvre à la conscience cette loi qui s’accomplit dans l’amour de Dieu et du prochain... L’homme parvient à cette dignité lorsque, se délivrant de toute servitude des passions, par le choix libre du bien, il marche vers sa destinée et prend soin de s’en procurer réellement les moyens par son ingéniosité. »